SOUVENIRS Dans une vieille malle Dormaient oubliées Des cartes défraichies Aux coins cornés Des photos jaunies Aux reflets pâles. Un pioupiou, l’air conquérant, La fleur aux dents. Un guerrier chinois Hiératique et sournois. Une jolie bigoudine Légère et mutine. Images figées par le temps. Visages sans nom. Mémoire d’antant Rêveries et illusions. Souvenirs égarés. Ombres du passé S’envolant sans entrave, Ne laissant qu’un doux sillage.
VIEILLIR Etre vieille n’est rien. Le devenir, c’est le début de la fin. Sourire, mi attendrie, mi hypocrite Devant des amoureux impudiques. Choisir le tailleur chic A défaut de provoquer des chocs Et même si le cœur fait toc toc Rire de son physique. Dissimuler derrière des lunettes noires Les cernes et le regard Pour mater, détachée, impavide, Les éphèbes des magazines. Avoir moins de dents que de rides Mais épier, ravie, celles des copines. Marcher à côté d’un précoce barbon Sanglé dans une invisible jaquette En rêvant d’être au bras d’un mec. Hiératique, jouer les taties bonbons. Feindre la sérénité, la sagesse, Coussins moelleux pour les fesses. Faire la morale à défaut de l’amour. Accepter la routine des jours. Vanter les vertus du tricot. Trouver que tout le monde est beau. Dire je ne danse jamais. Compter ses verres. Renier ses ardentes ivresse. Oublier hier. Renoncer, alors que l’on voudrait Finir en apothéose. Bouffer la vie jusqu’à l’overdose. Croquer une fois encore au moins Au gateau de miel En avalant, stoïque, le fiel. Ne pas devenir seulement, de la vie, un témoin. %
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Sur la plage... Sur la plage, L’enfant pleure Son château de sable Dévasté par la mer. Première peine, premier orage. Très vite , arrive l’heure Des émois devant un visage Synonyme de bonheur D’instants adorables. Découverte du mystère. avec le ressac des vagues Survient le mariage Le désir d’ancrage Despérances incroyables. Union de l’homme et de la mère. Parfois s’éloigne les cœurs Dans de stériles vagabondages Amenant le ravage, La souffrance et la guerre. Sentiment d’être coupable. Puis viens l’âge Où tout est encore jouable Malgré les cicatrices du cœur De l’âme de douloureux tatouages. Former un tout sans heurt. Sur la plage Le vieil homme pleure La mort de son bonheur, Son bref passage Ne laissant qu’un sillage Effacé par la mer.
LA PORTE La porte entrebaillée Laisse apercevoir les méandres du passé, Des souvenirs décolorés. La porte baille, Battue par le vent, Agacée, elle tressaille. Une bourrasque brutale, Presqu’une rafale, L’éveille brusquement. Sortie de ses gonds, Comme de sa méditation, Elle grimace et grince, mélancolique. Marquée de la griffe du temps, Elle attend, nostalgique, Qu’une main d’enfant Tourne la poignée, Effaçant le passé. Mais il est bien tard, Sans doute trop tard. Le vent s’élève, impitoyable, Malmenant la porte minable, Claquant au nez de la vie, Cassant sans espoir Ses stériles rêveries. !
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