VIEILLIR
Etre vieille n’est rien.
Le devenir, c’est le début de la fin.
Sourire, mi attendrie, mi hypocrite
Devant des amoureux impudiques.
Choisir le tailleur chic
A défaut de provoquer des chocs
Et même si le cœur fait toc toc
Rire de son physique.
Dissimuler derrière des lunettes noires
Les cernes et le regard
Pour mater, détachée, impavide,
Les éphèbes des magazines.
Avoir moins de dents que de rides
Mais épier, ravie, celles des copines.
Marcher à côté d’un précoce barbon
Sanglé dans une invisible jaquette
En rêvant d’être au bras d’un mec.
Hiératique, jouer les taties bonbons.
Feindre la sérénité, la sagesse,
Coussins moelleux pour les fesses.
Faire la morale à défaut de l’amour.
Accepter la routine des jours.
Vanter les vertus du tricot.
Trouver que tout le monde est beau.
Dire je ne danse jamais.
Compter ses verres.
Renier ses ardentes ivresse.
Oublier hier.
Renoncer, alors que l’on voudrait
Finir en apothéose.
Bouffer la vie jusqu’à l’overdose.
Croquer une fois encore au moins
Au gateau de miel
En avalant, stoïque, le fiel.
Ne pas devenir seulement, de la vie, un témoin.