ENTENDEZ-VOUS Les cris sortis de leurs gorges arrachées, Le bruit de leur pas, tremblants. Sillon de sang Ecrivant le mot liberté. Leurs mains mutilés Tendues vers le ciel Hurlent révoltées La colère des heures de veille. Une enfant déchirée Nouvelle vierge Marie, Telle une poupée abandonnée Dans la poussière, gît. Entendez-vous Des hommes promis à l’ossuaire De rayés à peine vêtus Font de leurs hardes un Saint Suaire Une oriflamme de l’absolu. Un soleil de napalm s’enflamme Sourd aux prières Apportant souffrance et larmes Jusqu’au fond des rizières. Sur un air de jazz Claironnant des victoires Le monde s’embrase Célébrant e qui devient de l’histoire. Entendez-vous Ecoutez-vous Le monstre rode, sournois, Marchand de mort aux yeux charmeurs, Guettant sa proie, Juché sur son char d’horreur. 
FEMME LIBEREE Amour, amour, Mot qui, à travers le monde, court Recouvrant tendresse ou passion, Sexe facile ou afflictions. Amour d’un homme Ou même « d’un sale bonhomme ». Rêveries stériles à l’infini. Pour moi, tout cela c’est fini ! J’assume mes envies ! Fière de mes choix de vie. Finies les joutes oratoires, à deux Pour rire Mon but actuel, c’est m’instruire ! En confidence, ma vie Fait des envieux ! Je regarde la télé Mangeant dans mon lit Un pan bagna De l’huile sur les doigts. Je me lève ou m’endors Quand je veux Je rentre ou sort Suivant mon bon plaisir. Je peux pleurer de rire Ou rire à en pleurer, A en pleurer. Je suis une femme libérée. 
LA COURS DES MIRACLES Cour des miracles Parias de la table de la vie Personnages de fantasmagorie. La fille, toujours soumise, Exhumée d’un quelconque claque Tend une main de suppliante, La démarche imprécise. Misères des vieilles mendiantes. Le clochard, figure pittoresque, Homère hilare dans son cloaque Applaudit, bouffon, aux largesses Des dames patronnesses. Ces fantoches disparaissent de la rue Laissant place aux nouveaux barbares Exhibant, narquois, Les plais de leur vie, Vomissant leur rage, Transformant la ville en décharge D’ordures et de mots crus. Univers de tragique désarroi Sans visage, ni regard, L’injure à la bouche, L’allure avinée et louche Cinglant de leur avanie Tout ce qui leur semble nantie. Avilis dans leur pathétique fumier L’horreur qu’ils suscitent Rappelle qu’ils existent Et devant ce rejet Dans un ultime sursaut, ils crient, Nous sommes des hommes, nous aussi.
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